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« NE VOUS INQUIÉTEZ PAS »

L’évangile dominical continue de mettre en lumière le Sermon sur la montagne (Mt 6, 24-34). Cette fois, Jésus met en évidence deux attitudes existentielles opposées : l’une fonde la réussite d’une vie sur les réalités de ce monde tandis que l’autre compte sur les biens du « ciel ».

Jésus est-il réaliste quand il place la recherche d’un bien-être terrestre au second plan ? Cet idéal d’une vie entièrement dévouée aux biens célestes est-il même supportable à tous ? Il nous faut bien une maison, une voiture, un travail et de l’argent pour avoir de quoi manger, boire, se vêtir. Et tous les croyants ne sont pas destinés à un état de vie qui conduit à l’abandon des soucis matériels.

De fait, dans cette partie du sermon, Jésus s’adresse sans doute à ses premiers disciples qui vivaient avec lui dans une totale dépendance à la charité et à l’hospitalité des personnes rencontrées sur le chemin. Et il y a effectivement lieu de dire que les recommandations de Jésus en faveur d’un dépouillement total vis-à-vis des soucis du monde sont vécues d’une manière spécifique par ceux qui professent les conseils évangéliques de l’obéissance, du célibat dans la chasteté et de l’esprit de pauvreté et de partage.

En réalité, une lecture attentive de l’évangile montre que la précarité matérielle n’en est pas la préoccupation principale. Riches ou pauvres, nous courons tous le même danger de se laisser prendre au piège de l’avoir qui ne finit jamais d’être satisfait. Si bien que nous risquons de passer à côté de la venue du Règne de Dieu dont l’accueil est suspendu à une attitude de confiance en la bienveillance de Dieu.

Il ne s’agit donc pas de renoncer au travail ou à l’argent, ni à la lutte contre la misère sociale. En fait, le choix à faire entre Dieu et l’Argent, entre le ciel et la terre, va traduire la volonté de chacun de placer sa vie soit sous la direction des ambitions terrestres, avec leur potentiel d’enfermement, soit sous celle d’une autorité extérieure à ce monde et à sa logique, Dieu qui libère.

La réussite d’une vie humaine ne se résume pas tant à la quantité de biens amassés qu’à la qualité des relations avec autrui et, pour un croyant, avec Dieu. L’insistance de Jésus à ne pas se laisser accaparer ou troubler par les soucis mondains s’explique. Il ne cherche pas à imposer un style de vie impossible à vivre mais indique un chemin de vie et de liberté. Car tandis que notre choix se porte sur Dieu, la confiance en Lui va aider chacun d’entre nous à mettre de l’ordre dans ses choix concrets.

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU