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« PARDONNE-NOUS COMME NOUS PARDONNONS »

Le Carême qui vient de commencer nous invite à nous laisser réconcilier avec Dieu. Cette démarche de réconciliation ne peut se faire qu’à la lumière de ces paroles du « Notre Père » : « Pardonne-nous comme nous pardonnons ». Cela veut dire que nous ne saurions nous satisfaire d’une réconciliation avec Dieu sans chercher dans le même temps à nous réconcilier avec nos frères. Il importe pour cela de bien comprendre ce que signifie pardonner.

Dans le cas d’une offense faite à quelqu’un, deux conséquences se produisent : une blessure dans le cœur de celui qui a été offensé et une rupture entre l’offenseur et l’offensé : on ne se parle plus, on se montre le poing, on s’insulte, on cherche à nuire à l’autre… Comment alors peut fonctionner une démarche de pardon et de réconciliation ? D’abord, il faut se dire que le pardon ne supprime pas la blessure, elle demeure. Mais le pardon peut effacer les conséquences de la blessure : on se reparle, on repart ensemble, on se tend la main etc… Pour que le pardon puisse fonctionner, l’offenseur doit reconnaître le mal qu’il a fait volontairement ou involontairement, et en accepter la responsabilité… « Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal, à tes yeux, je l’ai fait ! » (Ps 50,6). Ainsi, à cette condition, la dynamique du pardon pourra fonctionner. Pardonner n’est pas un acte de faiblesse, comme on pourrait le croire. C’est un acte de courage et de foi en l’avenir, c’est dire à l’autre que l’on croit en lui, en sa capacité et son désir de devenir meilleur, qu’on ne l’identifie pas à un acte qu’il aurait commis, qu’on le croit capable d’aimer, de progresser, c’est lui donner une chance, lui ouvrir un avenir. C’est aussi couper net la spirale de la vengeance qui ronge le cœur, qui entraîne à la mort, c’est refuser de se laisse posséder par des pensées de vengeance au point d’en devenir esclave.

Convenons que le pardon et l’amour des ennemis sont difficiles à pratiquer. L’idéal et la réalité sont souvent bien éloignés l’un de l’autre ! Mais si nous restons au niveau de notre réalité quotidienne, la question du pardon peut se poser pour un membre de notre famille, un voisin insupportable, un rival dans le milieu professionnel, ou en politique. Nous pouvons être confrontés à des situations de concurrence, de jalousie, d’injustice… Alors se pose la question : l’amour des ennemis est-il vraiment réaliste ? Ne dépasse-t-il pas nos forces humaines ? Comment une mère peut-elle aimer le meurtrier de son enfant ? Peut-elle lui pardonner ? Certes, la justice des hommes, bien que parfois imparfaite comme tout ce qui est humain, est nécessaire. Mais si elle traite des faits, elle n’intervient pas dans les cœurs. Et c’est précisément dans le cœur que nait la soif de vengeance, le désir de se faire justice, de faire payer à l’autre ce qu’il nous a fait, de faire disparaitre celui qui nous a fait du tort. Où allons-nous s’il n’y a pas de pardon, si nous répondons à la violence par la violence, si la soif de vengeance envahit notre cœur ? Devant le spectacle du monde, ses tragédies, ses guerres et ses divisions, la miséricorde et le pardon, bien que dépassant les forces humaines semblent cependant être ce qu’il y a de plus raisonnable. En effet, ce n’est qu’en acceptant de se tendre la main, de passer par-dessus les vieilles rancunes, de demander pardon et de pardonner qu’il sera possible de mettre fin aux déchirements qui divisent parfois les familles, aux conflits qui empoisonnent la vie quotidienne dans notre voisinage ou notre pays et de stopper cette dynamique infernale de la vengeance... (à suivre).

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU