AAapi-tahito

« BARCELONE »

 Une nouvelle fois de trop, la violence a frappé… La double attaque terroriste qui a touché l’Espagne, jeudi dernier, a fait 15 morts et 126 blessés. Parmi les victimes, Julian, un petit garçon de 7 ans. Cette violence meurtrière, hélas, ne se limite pas à Barcelone. Dans certains pays du monde, des innocents paient de leur vie le prix de conflits qui semblent ne jamais finir et réclament chaque jour leur lot de victimes. Dans d’autres pays, la violence aveugle frappe dans les rues et sur les trottoirs des hommes, des femmes, des enfants qui ne demandaient qu’à vivre en paix. Cette présence de la violence qui frappe là où on ne l’attend pas aurait légitimement de quoi nous faire peur et pourrait même susciter en nous un désir de vengeance, nous entraînant du coup dans une spirale infernale. Disons-le clairement, la violence doit être dénoncée sous toutes ses formes, car elle est une force de la nuit, elle est aveugle et elle rend aveugle. La violence est aveugle parce qu’elle veut tout dominer par la force. Le violent refuse à l’autre d’exister différent, et pour cela, n’hésite pas à utiliser la force pour le soumettre ou le faire disparaître. Le violent ne se sent exister que dans le plaisir de fréquenter et de donner la mort. Dans le meurtre, la violence nie le principe selon lequel tout vivant a droit à la vie du seul fait qu’elle lui est donnée. Cette présence de la violence dans le monde ne date pas d’aujourd’hui. Dès les premiers chapitres du livre de la Genèse, la Bible nous rapporte le meurtre d’Abel par son frère Caïn. A croire que la violence s’est installée à demeure dès le départ dans le cœur de l’Homme, dans sa propre communauté et entre sa communauté et les autres. C’est bien pourquoi pour nous mettre en garde, le commandement de Dieu nous dit : « Tu ne tueras pas ! ». Bien plus tard, le Christ Jésus, entré dans l’Histoire des hommes, une histoire violente, sera lui-même confronté à la violence. Il en mourra ! Le groupe même des apôtres n’est pas à l’abri de cette violence : lorsque Jacques et Jean demandent à faire tomber le feu du ciel sur le village samaritain qui a refusé de les accueillir, lorsque les apôtres se disputent pour avoir les premières places dans le royaume, lorsque Pierre dégaine son épée à Gethsémani alors que Jésus vient d’être arrêté  Pourtant, le Christ Jésus témoigne tout au long de sa vie qu’il ne saurait se satisfaire de cette situation qui semble devoir durer à jamais.

Dans l’évangile, Jésus dénonce la loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent ». Il s’agit pour lui d’attirer l’attention sur le fait que chercher à rendre le mal pour le mal sous couvert de la loi ne résout rien. Le choix qu’il nous propose est entre plus de violence ou plus de pardon, plus de mort ou plus de vie.

Pourtant, face à cette violence qui dans l’Évangile prend le nom et la forme de Satan, ou du dragon dans le livre de l’Apocalypse, Jésus se présente comme le guerrier vainqueur de cet ennemi. Mt 11, 12 nous rapporte ces paroles de Jésus affirmant : « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent. » Et, en Mt 10, 34 : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».  Si Jésus emprunte le langage et les images de son temps, c’est pour nous dire le caractère insondable du mal, et le caractère impitoyable de ce combat contre Satan, mais aussi pour nous entraîner à sa suite dans cette lutte pour la vie, la miséricorde, la justice et le pardon. Cependant, rappelons-nous que la violence de Jésus est la violence de l’amour. Au terme de sa passion, et du haut de la croix d’où il pardonne à ses bourreaux, il est celui qui a déjà remporté la victoire sur le mal. La résurrection au matin de Pâques en est le signe évident. Par sa vie, ses choix et son enseignement, le Christ nous délivre ainsi de la peur et de la résignation devant la violence. Si la victoire du Christ est déjà acquise, le combat contre la violence et le mal sont toujours d’actualité et comme disciples, il nous appartient de poursuivre ce combat avec les armes du pardon et de la miséricorde !

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU